C'est la question qui arrive juste après le prix, et souvent avant lui : « mon voisin est à six mètres, est-ce que c'est mort ? » À Genève, la réponse ne ressemble à celle d'aucun canton voisin — et elle est plutôt une bonne nouvelle.
Il n'existe aucune distance à respecter
Dans plusieurs cantons romands, une fiche officielle donne un tableau : tant de mètres jusqu'à la fenêtre du voisin selon la puissance de la machine. C'est simple, c'est net, et c'est brutal — au-dessous de la distance, le projet tombe.
Genève ne publie rien de tel. Aucun chiffre en mètres, aucun tableau. Si quelqu'un vous annonce « il faut huit mètres », il vous parle d'un autre canton. Ce que Genève demande, c'est une évaluation — et une évaluation regarde la machine réelle, son emplacement réel, et le voisin réel, pas une règle moyenne.
En pratique, c'est plus exigeant sur le papier et souvent plus favorable sur le terrain : une machine bien choisie et bien placée passe là où une règle au mètre l'aurait interdite d'office.
Le document qui décide, et sa date
Le service cantonal compétent publie une aide à l'exécution consacrée spécifiquement aux pompes à chaleur, référencée H03. C'est elle qui dit ce que doit contenir votre dossier — que votre installation passe par une autorisation de construire ou par une simple annonce.
Un détail qui a son importance si vous allez la chercher : la page qui l'héberge affiche encore une date de 2017, mais le document lui-même porte la mention « mis à jour le 1er novembre 2025 ». C'est la version de novembre 2025 qui fait foi. La métadonnée du site est simplement restée en arrière.
🔴 Le point que la plupart des devis oublient
Votre dossier doit contenir le formulaire d'attestation de bruit — et ce formulaire, pour être pris en considération par l'administration, doit être vérifié et signé par une experte ou un expert en acoustique. Un rapport acoustique détaillé signé par un acousticien peut le remplacer.
Autrement dit : le formulaire rempli par votre installateur seul ne vaut rien. Il faut la signature d'un acousticien reconnu.
C'est un poste de coût et un délai, et c'est très exactement ce qui manque dans la plupart des devis genevois. Posez la question à votre installateur avant de signer : « qui signe l'attestation de bruit, et est-ce compris ? ». Si la réponse hésite, vous venez d'économiser une mauvaise surprise. Le canton publie la liste des acousticiens reconnus.
Ce que le dossier contient, en entier
- un plan de situation de l'installation, optimisé, montrant les mesures antibruit prévues — capot, saut-de-loup, amortisseur — et faisant figurer le local sensible le plus exposé ;
- le formulaire d'attestation, vérifié et signé par un acousticien ;
- les documents montrant que le principe de limitation des émissions a été appliqué ;
- et, le cas échéant, un nouveau formulaire si vous changez de modèle en cours de route.
Ce dernier point mérite qu'on s'y arrête. Si la machine finalement posée est déplacée, a un fonctionnement jour/nuit différent, une puissance acoustique plus élevée, ou un caisson modifié, il faut refaire le formulaire. Si le niveau sonore mesuré au point de référence est identique, une attestation signée de l'installateur suffit. Changer de modèle après le dépôt n'est donc pas neutre.
Le point de mesure a changé, et c'est récent
Depuis le 1er novembre 2024, le niveau de puissance acoustique d'une pompe à chaleur air-eau s'évalue à 2 °C extérieurs, et non plus au point d'essai utilisé auparavant. Concrètement, une fiche produit ancienne ne suffit plus : il faut la valeur au bon point. Genève a intégré cette référence dans sa pratique.
Et une règle fédérale, que personne ne publie non plus : sur une installation neuve, les mesures de prévention supplémentaires qu'on peut vous imposer sont plafonnées — au-delà d'un certain rapport entre le gain acoustique obtenu et le coût de l'investissement, elles ne sont plus exigibles. Ça ne joue que si les valeurs de planification ne sont pas dépassées, mais ça vaut la peine de le savoir.
Ce qui fait vraiment du bruit, et ce qui n'en fait pas
Une pompe à chaleur air-eau a deux sources de bruit, et elles ne se traitent pas de la même façon.
- Le ventilateur, qui brasse l'air. C'est un souffle continu, plutôt grave, et c'est lui qu'on entend depuis le jardin d'à côté. Il se règle par le choix du modèle, par la vitesse de rotation, et surtout par l'orientation : une machine qui souffle vers un mur plein ne s'entend pas comme une machine qui souffle vers la fenêtre d'en face.
- Le compresseur, qui travaille par cycles. C'est un ronronnement plus sourd, qui porte moins loin mais qui se transmet par la structure si la machine est mal posée. Les plots antivibratoires ne sont pas une option de confort : c'est ce qui empêche le bruit de voyager dans les murs.
Deux facteurs comptent autant que la machine elle-même, et ils sont gratuits : la distance et la réverbération. Une unité posée dans un angle formé par deux murs renvoie son bruit vers le voisin ; la même unité, à deux mètres de là, en plein dégagement, se comporte tout autrement. C'est pour ça que l'emplacement se décide à la visite, sur place, et pas sur un plan.
Enfin, la nuit : la plupart des machines savent réduire leur régime la nuit. C'est souvent ce qui règle une situation limite, au prix d'un peu de puissance quand on en a le moins besoin.
En immeuble, le voisin le plus exposé est parfois chez vous
Dans un immeuble, on pense au bâtiment d'en face. Mais le local sensible le plus exposé peut très bien être une chambre du rez ou du premier de votre propre immeuble, juste au-dessus de l'emplacement prévu. C'est un cas fréquent en tissu genevois, où les cours intérieures sont étroites et où le son remonte le long des façades.
Le dossier de bruit doit précisément faire figurer ce local-là. Autant le repérer avant de choisir l'emplacement — cela évite une seconde étude, et une conversation désagréable avec le locataire du bas.
Et quand ça ne passe vraiment pas ?
Il reste trois voies, dans cet ordre de simplicité :
- Déplacer la machine. Deux mètres de plus, une autre façade, un autre angle : c'est gratuit tant que rien n'est posé, et c'est ce qui règle la majorité des cas.
- La poser à l'intérieur, avec des gaines. Plus cher, mais le problème de voisinage disparaît.
- La sonde géothermique, qui supprime l'unité extérieure. À Genève, le régime est plutôt favorable et la carte des secteurs est publique — où l'on a le droit de forer.
Un dernier conseil, qui n'est pas juridique : parlez à votre voisin avant de déposer, pas après. Un dossier techniquement irréprochable et un voisin mis devant le fait accompli, c'est le meilleur moyen de transformer une formalité en procédure.
Pour le régime d'autorisation lui-même, voir les démarches genevoises.